Tati Mouzo peint des gens que l’on ne peint pas : des ouvriers dans leur jardin, des mariniers au bord des canaux, des lecteurs de journaux improbables, des consommateurs de ballons de rouge, de p’tits blancs au bord des zincs de bistrots.

Mon œuvre se nourrit d’un quotidien ordinaire, de gens simples et figures familières, surpris dans des gestes banals qui se figent dans l’instant fabriqué de ma peinture. Ils y apparaissent en suspension, leurs regards sont fixes, leur histoire set à bâtir à partir de ces bribes disposées sur la toile : sourires en cours, jouets à peine saisis, rêves inoffensifs à portée de main et inventions absurdes y prendront leur part…

Quant à moi, je ne prends part qu’au tout début, mon geste se retire à peine, esquisse d’une figure de l’ailleurs mais qui ne serait pas à chercher au-delà de la toile, ce que Bonnefoy appelait «l’arrière-pays» : ce qui se trouve juste au-delà de ce qui est figuré, ce qui aura marqué durablement l’œil et qui pourtant n’était pas visible ,ici , c’est peut-être simplement ce qui commence juste après …

Les poses de mes personnages sont élégantes ou grotesques : leurs mouvements improbables, souvent maladroits ne dissimulent rien de ce qu’ils sont.

C’est vivant, rêveur et tendre : dans des paysages fantasmés où tout serait possible, momentanément immobile, la geste suspendue de mes personnages contient ce que contient le rêve d’Alice avant qu’elle ne le rêve, avant qu’elle ne s’approche du miroir et que le tic tac ne commence…

Les images viennent d’elles-mêmes, avec une évidence spontanée : la représentation s’éloigne de tout dogme réaliste pour lorgner vers le naïf, l’art séquentiel.

Mon regard se veut sinueux, tricheur : piégé dans le fond de l’impasse, il poursuit pourtant ses lignes qui se prolongent  au-delà.

Tati Mouzo